/ Ils font le territoire
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Frédéric Hubig
Restaurateur parisien de renom, frédéric Hubig a jeté l'ancre à Saint-mammès, où Il a ouvert Un bar - restaurant de poisson, la marée Jeanne, avec David Blorville son associé.
Sur la grande terrasse en bois, à l'ombre des oliviers, on entend le vent qui fait tinter les mâts des bateaux du port d'escale. À cette petite musique se mêle la douce rumeur des conversations animées. Plein cadre, la Seine scintille. Ses reflets bleu-vert n'ont rien à envier à ceux des eaux salées de la côte atlantique. Dans les assiettes, coquillages, crustacés et poissons rivalisent de fraîcheur iodée. À la Marée Jeanne, souffle un vent d'évasion et flotte un air de vacances ! « Lorsque l'on a découvert cet endroit avec David, on avait l'impression d'être au Cap Ferret. Il y a quelque chose de balnéaire ici. Venant de Paris, où j'ai un autre restaurant, la maison Astier, j’avais besoin d’une respiration, d’un projet festif, confie Frédéric Hubig, le maître des lieux. On s’est dit, nous allons ouvrir ici un bar-restaurant de plage. »
GOOD VIBRATIONS
Le patron, au look très rock, tatoo dans le cou et bagues aux doigts, nous emmène faire le tour du propriétaire. Les good vibrations de la terrasse, on les retrouve aussi côté salle. Au rez-de-chaussée, on découvre un bar, Le Barbotte, aux murs bleu vif et à la déco vitaminée, où l'on peut boire un verre de blanc accompagné de quelques huîtres (un poste d'écailler est intégré au zinc) ou opter pour un cocktail. On sert là des valeurs sûres, parfois revisitées, cosmo, spritz, mojito, le très tendance expresso-martini ou des mix plus audacieux comme le Paloma pour lequel David assemble sirop de vinaigre de riz maison, pamplemousse, gin et téquila. Non loin, un babyfoot se tient prêt pour le coup d'envoi. « C'est surtout pour les enfants, pendant que les parents mangent, ils peuvent venir jouer », indique le restaurateur qui souhaite faire de son établissement un lieu de vie, au cœur du village, où les bambins sont les bienvenus. « Un restaurant ce n'est pas juste pour manger ajoute-t-il. C'est un prétexte pour aller vers les gens, faire des rencontres, transmettre.»
PALACES ET ETOILES
La visite se poursuit. On grimpe les marches comme on plongerait depuis un bateau, en traversant un banc de poissons et de tortues : une fresque orne le mur qui, sous l'effet de la lumière hésite entre le cobalt et l'outremer. À l'étage, changement d'ambiance. Partout, des couleurs chaudes. Une vue à couper le souffle sur le fleuve. Une belle cave à vin vient cloisonner l'espace. Chaque cuvée – principalement du blanc et un Bandol rosé, poisson oblige – y a été choisie méticuleusement par ce militant passionné du goût. Derrière la grande table d'hôtes, capable d'accueillir une dizaine de convives, jaillit un mur qui semble avoir été taillé dans la roche. Tout droit sorti d'un film d'aventures. « J’aime beaucoup le cinéma, j'y ai beaucoup d'amis et je me rends compte que j’aurais aimé être réalisateur. En fait, tous les restaurants que j'ai créés sont autant de petits films. À chaque fois on raconte une histoire particulière. Il y a un synopsis, un casting, des décors, une équipe technique en cuisine ». Hubig n'en est pas à son coup d'essai. Restaurateur aguerri, il a exercé ses talents dans de nombreux palaces (Lutétia, Martinez, Meurice) et dirigé deux étoilés, le Balzac et le De Vigny avant de créer ses propres établissements, plus en phase avec sa vision du métier. Cette Marée Jeanne serait donc son septième long métrage. La suite de La Marée Jeanne 1, sacrée meilleur restaurant de poisson de Paris deux années consécutives par Le Figaro. Une folle aventure entreprise avec l'équipe de l'architecte Jean Nouvel, qui s'est achevée en 2017.
OVNI
« Ici, on a gardé la vaisselle, l'identité graphique et tout l'ADN de la Marée Jeanne. Une cuisine inventive, des produits extras, le plus possible locaux poursuit-il. Notre vocation, c’est d’être un restaurant de qualité, mais populaire.» À la carte, très abordable (18 € le menu du midi), qui change tous les quinze jours, on trouve crevettes, friture d'éperlans, bulots, moules, daurade, saumon en tartare, fish and chips et une viande – un canard laqué de Seine – pour ceux qui n'auraient pas le palais marin. Ouvert depuis quelques mois, cet ovni comme le qualifient certains déjà fidèles clients, a le vent en poupe et des projets (concerts, projections) plein les cales. Vous laisserez-vous embarquer ?
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